Le 1er avril 2026, le décret n° 2026-234 a été publié au Journal officiel. En apparence, une simple mise à jour d’un montant. En réalité, une bascule dans la philosophie même du Compte Personnel de Formation.
Qu’est-ce que le reste à charge CPF ?
Instauré en mai 2023, le reste à charge CPF est une participation financière obligatoire que tout titulaire d’un CPF doit payer de sa propre poche pour accéder à une formation éligible, sauf cas d’exonération. Concrètement, il s’agit d’une somme fixe déduite du coût total de la formation.
L’objectif initial affiché par le gouvernement était double : responsabiliser les titulaires dans leurs choix de formation et freiner la fraude qui avait explosé avec le démarchage téléphonique abusif.
Ce que dit le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026
Publié au Journal officiel le 1er avril 2026 et applicable dès le 2 avril 2026, le décret n° 2026-234 porte le montant de la participation forfaitaire obligatoire des titulaires du CPF de 100 € à 150 €.
Ce nouveau montant s’applique à toute nouvelle souscription effectuée à compter du 2 avril 2026. Les formations déjà engagées avant cette date ne sont pas concernées.
Pour consulter le texte officiel :Décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 — Légifrance

La hausse en chiffres : +50 % en deux ans
Retour sur la trajectoire du reste à charge depuis sa création :
| Date d’entrée en vigueur | Montant | Contexte légal | Évolution |
| Mai 2024 | 100,00 € | Création (Décret n° 2024-394) | – |
| Janvier 2025 | 102,23 € | Indexation inflation (Arrêté du 26/12/24) | +2,23 % |
| Janvier 2026 | 103,20 € | Indexation inflation (Arrêté du 30/12/25) | +0,95 % |
| 2 Avril 2026 | 150,00 € | Hausse décrétée (Décret n° 2026-234) | +50 % (vs initial – 100€) |
En moins de deux ans (mai 2024 – avril 2026), le ticket modérateur est passé de 100 € à 150 €, soit une augmentation nette de 50 %. Si l’on regarde la période très courte entre janvier et avril 2026, le montant a bondi de 103,20 € à 150 €, soit une hausse brutale de 45 % en seulement trois mois.
C’est une progression significative qui interpelle, mais le montant en lui-même n’est peut-être pas le signal le plus important à surveiller.
L’annualisation : La vraie rupture du reste à charge CPF 2026
Voici ce qui change fondamentalement avec ce décret.
La version 2024 du texte réglementaire ne mentionnait aucun millésime. Le montant était posé comme une règle stable, sans référence à une année en particulier.
Le décret n° 2026-234 précise désormais : « pour l’année 2026 ».
Ce simple ajout de trois mots transforme la nature juridique du dispositif. Le reste à charge n’est plus un seuil stable inscrit dans la durée : il devient une variable d’ajustement annuelle, révisable par décret chaque début d’année.
En d’autres termes, attendons-nous très probablement à un nouveau décret à chaque exercice.
Conséquences pour les titulaires et les organismes
Pour les salariés et demandeurs d’emploi
Le CPF n’est plus un droit « gratuit ». C’est désormais un co-investissement dans lequel la part personnelle du titulaire va, selon toute vraisemblance, continuer à croître. Pour les personnes aux revenus modestes, cette hausse progressive peut constituer un frein réel à l’accès à la formation, sans compter le plafonnement (voir mon précédent article sur le sujet : https://consult-moi.fr/blog/reforme-cpf-2026-plafonds/ ).
Rappel : certaines catégories restent exonérées du reste à charge, notamment :
- Les demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’ARE (Aide au Retour à l’Emploi)
- Les titulaires dont le financement est pris en charge par leur employeur (dans le cadre d’un abondement)
- Les bénéficiaires de certains dispositifs spécifiques (reconversion, transition professionnelle)
Pour les organismes de formation
La question ne se pose plus en termes de prix brut affiché, mais de valeur perçue. Face à un reste à charge de 150 €, un stagiaire potentiel va naturellement comparer, hésiter, arbitrer.
Les organismes qui savent démontrer le retour sur investissement de leurs formations ou accompagnements — en compétences acquises, en débouchés concrets, évolution, retour à l’emploi ou en progression salariale — sont ceux qui résisteront le mieux à cette pression sur l’acte d’achat.
Ce que le décret révèle sur la philosophie du CPF
Le compte personnel de formation a été créé avec une ambition forte : permettre à chaque actif, tout au long de sa vie professionnelle, de se former librement et sans reste à charge. Cette ambition a été significativement revue depuis 2023.
Avec l’annualisation du reste à charge, on entre dans une logique de co-financement structurel, où le curseur de l’effort financier du titulaire pourra être ajusté chaque année en fonction des contraintes budgétaires de l’État.
La question n’est plus « combien coûte ma formation ? » mais « combien vaut-elle aux yeux de celui qui paie ? »
C’est un changement de paradigme qui interroge la promesse originelle du CPF et invite les acteurs de la formation à repenser leur positionnement, leur pédagogie commerciale et leur politique tarifaire.
En résumé : ce qu’il faut retenir
Le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 porte le reste à charge CPF à 150 € dès le 2 avril 2026. Mais au-delà du montant, c’est l’introduction de l’annualisation qui marque une rupture durable : le reste à charge devient une variable révisable chaque année.
Pour les titulaires, cela signifie qu’il faut anticiper cette hausse progressive dans leurs projets de formation. Pour les organismes, cela implique de travailler encore davantage sur la valeur démontrée de leurs formations.
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Sources : — Décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 relatif au montant de la participation obligatoire au financement des formations éligibles au compte personnel de formation : Légifrance
FAQ — Questions fréquentes sur le reste à charge CPF 2026
Depuis le 2 avril 2026, le reste à charge CPF est fixé à 150 €, conformément au décret n° 2026-234 du 30 mars 2026.
Non. Certaines catégories de personnes en sont exonérées, notamment les demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’ARE et les titulaires dont la formation est abondée par leur employeur.
Lien vers l’article du CPF : https://www.moncompteformation.gouv.fr/espace-public/une-participation-financiere-obligatoire-pour-mobiliser-vos-droits-cpf
Le gouvernement justifie cette hausse par la nécessaire responsabilisation des titulaires et la maîtrise des dépenses liées au CPF. Le nouveau décret introduit également une logique d’annualisation, rendant ce montant révisable chaque année.
Le nouveau montant de 150 € s’applique à toute nouvelle souscription de formation à compter du 2 avril 2026.
• Formation certifiante RNCP à 3 600 € (sans plafonnement)
Si votre CPF ne couvre pas tout et que votre reste à charge dépasse 150 €, vous ne payez pas la participation de 150 €, car vous avez déjà un reste à charge.
• Formation relevant du Répertoire spécifique (RS) à 1 500 € (plafond CPF)
Ici, la participation de 150 € reste à votre charge.
• Bilan de compétences à 2 000 € (plafond CPF à 1 600 €)
Le CPF prend en charge jusqu’à 1 600 €, il reste 400 € à payer. Comme ce montant dépasse 150 €, vous ne payez pas la participation de 150 €.
💡 En résumé :
Si votre reste à charge dépasse 150 € → vous ne payez pas le ticket modérateur
Si votre formation est entièrement (ou presque) financée → les 150 € restent à payer